Echange Franco-Polonais

1.4 - Les révoltés du camp d'extermination de Sobibor

Publié le jeudi 28 juin 2012 08:55 - Mis à jour le jeudi 28 juin 2012 09:23

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LES REVOLTES DU CAMP DE SOBIBOR.

[ 14 octobre 1943, 16h00 ]

 

 

 

 

                     ● Qu'est ce que Sobibor?

 

Sobibór était un camp d'extermination nazi, situé au sud-est de l'actuelle Pologne, dans la voïvodie de Lublin, à l’orée d'une forêt de pins clairsemée, à 12 km au sud du village de Sobibór. De mai 1942 à l'été 1943, les autorités allemandes y firent assassiner environ 250 000 Juifs. Comme les camps d'extermination de Belzec et Treblinka, Sobibor entra en fonction dans le cadre de l'Opération Reinhard .

La construction du camp commence en mars 1942 sous l'autorité du SS-Obersturmführer Richard Thomalla, et il fut fermé après la révolte de Sobibor en octobre 1943.

 

                    ● Comment était organisé le camp?

 

Le camp, entouré de barbelés et de champs de mines, est divisé en trois parties : le camp I, qui abrite l'administration SS, le camp II, où arrivent les déportés et qui contient les baraques dans lesquelles les victimes doivent se dévêtir et déposer leurs objets de valeur, et le camp III dans lequel se déroule l'extermination. Les camps I et II sont juste à côté de la gare; le camp III se situe au nord-est dans un endroit très éloigné, totalement isolé du reste du camp. À la différence de Belzec, tous les SS logent dans l'enceinte du camp

 

 

                    ● Qu'est ce que la révolte du camp de Sobibor?

 

Le 5 juillet 1943, Himmler, ordonna de transformer Sobibor en camp de concentration. Cet ordre signifiait l'arrêt de mort des corvées juives qui travaillaient aux quais et aux chambres à gaz. Il était évident pour eux qu'étant témoins de l'extermination de dizaines de milliers d'innocents, les SS ne permettraient pas à un seul d'entre eux de rester en vie. Ils apprirent le soulèvement des déportés à Treblinka début août et un projet de révolte se mit en place.

 

                    ● Comment s'est passée cette révolte ?

 

C’est à 16h00, le 14 octobre 1943 que se révoltèrent un groupe de Juifs du camp de Sobibor. Ils étaient dirigés par Léon Feldhendler et Aleksandr (Sasha) Pechersky. Ils suivirent à la lettre le plan qu’ils avaient élaboré : certains devaient exécuter les SS présents dans le camp, d’autres étaient chargés de couper les lignes téléphonique et électrique, de manière à éviter les contacts avec l’extérieur et à rendre les clôtures électriques inoffensives pour les prisonniers.

A 17h00, l’appel devait avoir lieu. Les révoltés avertirent les Juifs de la situation et les incitèrent à fuir. Au total, 400 prisonniers tentèrent l’évasion. 80 furent immédiatement tués par les SS et les gardes ukrainiens. Sur les 320 prisonniers qui réussirent à s’échapper du camp, 170 furent repris et assassinés.

 

 

                   ● La révolte de Sobibor, racontée par un survivant Yehuda Lerner.

 

« A 15 heures, Yehuda et son camarade (un soldat russe) avaient pris place dans l’atelier du tailleur. Les haches bien aiguisées étaient cachées sous le manteau que Yehuda faisait semblant de coudre.

A 16 heures moins 5, le cheval d’un SS tué par un Juif revint. Cela signifiait que le premier SS convoqué dans un atelier avait été tué.

A 16 heures tapantes, le SS convoqué dans l’atelier du tailleur entra. Il enleva sa ceinture avec son fusil. C’était le soldat russe qui devait le tuer mais le SS se plaça plus près de Yehuda Lerner. Ce fut donc lui, qui n’avait jamais tué de sa vie, qui se leva, prit sa hache et l’abattit sur le SS. Son crâne fut coupé en deux. Le camarade de Yehuda Lerner prit sa hache à son tour et donna un second coup au SS. Les révoltés ne disposaient que de cinq minutes de battement pour faire disparaître le corps et tout nettoyer.

A 16 heures 5 minutes, un autre SS devait arriver; il avait lui aussi un rendez-vous chez le tailleur. Le SS entra, regarda autour de lui et dit que c’était sale. Alors qu’il marchait dans la pièce, il marcha sur la main du cadavre du SS mort caché sous le tas de manteau. Il comprit que cela n’était pas normal et demanda : « Was ist das ? Was ist das ? ». Le soldat russe prit sa hache et donna un coup au SS. Puis Yehuda fit de même. Le second SS était mort. Ils se lavèrent et se changèrent.

Des enfants qui passaient de baraques en baraques pour dire combien de SS étaient morts apprirent à Yehuda et son camarade que onze SS étaient déjà tués.

A 16h55, tout s’était passé comme ils l’avaient prévu et les révoltés se regroupèrent pour parler de la suite du plan.

A 17 heures, tous étaient prêt pour l’appel. Certains camarades de Yehuda avaient pris les fusils des SS tués. Franzl, le commandant du camp, faisait l’appel des prisonniers à 17 heures. Mais ce jour-là, à 17 heures, Franzl, n’était pas là.

Alors un soldat russe prit l’initiative de dire « Hourra ! Hourra ! On a réussi ! ». Les prisonniers tentèrent alors de s’évader par la porte principale mais les SS et les gardes ukrainiens leur tirèrent dessus. Ils durent fuir à travers les champs de mines qui entouraient le camp. »

Citation : « Ce que nous voulions, c'est ne pas mourir comme des moutons. Nous voulions mourir comme des hommes. » Yehuda Lerner.

 

 

 

                ● La révolte de Sobibor, racontée par un autre survivant Thomas Blatt.

 

« À 4 heures, anxieux, j'attendis au camp numéro 2 les hommes qui devaient venir au camp 1 pour abattre les nazis. Près de moi on murmure: " Ils viennent. " Voici Chubayev, prisonnier soviétique, ingénieur, âgé de trente-cinq ans environ, accompagné du kapo Benyo qui était dans le coup. Ils entrent dans le dépôt de vêtements. Quelques minutes auparavant, Phibs, un jeune prisonnier, avait invité le chef du magasin à passer à la baraque des tailleurs, pour y prendre livraison d'un manteau de cuir qu'il avait commandé. Wolf entre dans l'atelier. Les juifs y travaillent, tête basse. On lui présente le manteau, deux prisonniers l'aident à l'enfiler. À ce moment Chubayev le tue d'un coup de hache. Des prisonniers ont porté à Wolf plusieurs coups de couteau supplémentaires. Deux autres SS sont liquidés dans la même baraque. Drescher va d'un groupe à l'autre pour les mettre au courant. Nous apprenons ainsi que Niemann, le commandant adjoint, Greischutz, le chef de la garde ukrainienne, et Klat sont morts.
À 5h, la cloche sonne l'appel. Les kapos forment les kommandos qui doivent aller au camp numéro 1. Beaucoup d'entre nous ne savent encore rien. Moi, je cours vers la baraque du forgeron où m'attend Szlomo. Il tient un fusil et sait s'en servir. Nous rejoignons l'appel où le kapo Benyo forme les rangs. Les Ukrainiens se tiennent encore tranquilles, quand un « hourrah » monte des prisonniers. Un garde arrive à bicyclette. Il est jeté à terre et assommé. Un prisonnier lui coupe son ceinturon et prend son revolver. Alors que nous nous dirigeons vers l'entrée principale, le cuisinier allemand tire vers nous en reculant vers le mess. Szlomo l'abat. Un des nôtres coupe les barbelés avec des tenailles. Mais la plupart n'attendent pas. Beaucoup sauteront sur les mines. Je suis pris dans les barbelés, puis je tombe dans le fossé. À ce moment je retire mon manteau, je sors de la fosse et je cours. Je tombe plusieurs fois, mais je ne suis pas blessé... »

 

 

                ● La fin de cette révolte



Plus de 300 déportés réussirent à sortir du camp, mais seulement 47 survivent à leur fuite. Des dizaines d'entre eux trouvent la mort dans le champ de mines entourant le camp. Par la suite, les SS assassinent presque tous les prisonniers du camp qui n'avaient pas pu s'enfuir ou même qui n'avaient en rien participé à la résistance, soit plusieurs centaines de personnes. Seuls quelques-uns sont conduits dans d'autres camps. En tout et pour tout, seulement 50 prisonniers survivent à la guerre.


              ● Quel est le sens de cette révolte?

     

    Un rapport de forces inégal

Les détenus qui étaient gardés en vie dans le centre de mise à mort de Sobibor devaient participer au fonctionnement du camp. C’était la seule raison pour laquelle ils n’étaient pas immédiatement gazés.

Désarmés face à des gardes qui eux possédaient de nombreuses armes et des chiens, enfermés dans un camp entouré par des fils de fer barbelés, des miradors et un champ de mines, les prisonniers n’avaient que peu de chances de réussir une évasion ou une révolte. D’autant que, une fois évadés, il leur fallait encore survivre dans un milieu souvent hostile, isolé.

    Le refus de l’extermination

Malgré tout, la rage de survivre fut la plus forte. Les témoignages des rescapés montrent leur volonté de vivre, de ne pas tomber sous les coups des SS sans réagir, leur désir de venger leur famille, tous ces Juifs morts, hommes, femmes, enfants, vieillards, alors qu’ils n’avaient commis aucun crime.

Yehuda Lerner explique qu’il ne voulait pas mourir "comme un mouton qu’on amène à l’abattoir". Il était conscient qu’en se révoltant, il risquait de perdre la vie, mais il préférait mourir en se révoltant plutôt que dans une chambre à gaz.

    Les soulèvements juifs

En raison de ces rapports de force inégaux, les révoltes ne furent pas souvent possibles. En outre, les victimes étaient souvent dans des conditions physiques telles qu’il leur était impossible de se révolter. Néanmoins, la révolte du camp de Sobibor ne fut pas isolée.

Ainsi, dans le ghetto de Varsovie, une révolte éclata du 19 avril au 16 mai 1943.

Le 2 août 1943, 850 prisonniers juifs du camp de Treblinka se révoltèrent. Seuls une centaine d’entre eux parvinrent à s’échapper et, à la fin de la guerre, une cinquantaine d’entre eux était encore en vie.

Le 7 octobre 1944, les prisonniers affectés au four crématoire IV à Auschwitz-Birkenau se révoltèrent car ils avaient appris la liquidation prochaine de leur sonderkommando. La quasi-totalité des révoltés fut exécutée par les nazis.


 

              Les survivants

 

La grande majorité des évadés n'a pas survécu pour assister à la journée de la libération. Certains ont été tués lors d'étapes ultérieures de l'évasion, et d'autres sont morts comme des combattants dans les rangs des partisans. Le nombre de survivants est diversement rapporté, mais il est estimé par la plupart des autorités que seule une cinquantaine a survécu jusqu'au jour de la libération.

 

 

           ● Bilan des victimes

 

Les victimes étaient essentiellement des juifs; de Pologne, des Pays-Bas (34 313), du Protectorat de Bohême-Moravie et de Slovaquie (31 000), de Lituanie (14 000), d'Allemagne et d'Autriche (10 000), de France (2 000). Des Tsiganes et des Polonais non juifs comptèrent aussi parmi les victimes.



           ● Lexique

 

(1)* : un camp d'extermination est une installation dont le but est de tuer industriellement les gens qui y sont emmenés.

 

 

          ● Sources

 

 

 

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