Echange Franco-Polonais

2.1 - Les Justes Polonais

Publié le jeudi 28 juin 2012 09:01 - Mis à jour le jeudi 28 juin 2012 09:24

« Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier »

חסיד אומות העולם


  • Initialement, le terme de «Juste» était utilisé afin de désigner toute personne n’ayant aucune appartenance à la religion juive mais qui reconnaissaient l’existence de Dieu. Cependant, au Moyen-Âge, le terme fut revisité et nommait les individus faisant preuve de bonté envers les juifs.
 
  • En 1953, la commission Yad Vashem fut créée par une loi provenant du Parlement israélien. Le but étant de retrouver les Justes ayant agi durant la seconde guerre mondiale. A ce jour, environ 6 200 Justes ont été reconnus en Pologne. « Et je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs un mémorial (Yad) et un nom (Shem) qui ne seront pas effacés ».
 
  •  Sont reconnus Justes les polonais ayant caché, attribué de fausses identités et fait passer dans un autre pays des juifs. D’après le Yad Vashem, un juste est conscient de ce qu’il a fait et des risques qu’il a encouru lorsqu’il a aidé des juifs dans des situations très critiques (menacés de déportation vers les camps de concentration et d’extermination, ou de mort). Cependant, un juste ne doit pas chercher une quelconque récompense ou une compensation matérielle ou financière suite à son action. Un juste était ainsi à même d’héberger un enfant, allant même jusqu’à l’adoption, ou une famille entière chez soi, ou de les placer dans des institutions laïques ou religieuses afin de les mettre à l’abri du monde extérieur, de manière discrète. 

Ci-dessous, un exemple de héros de la guerre,

une juste polonaise : Irena Sendler.

 

 
Irena Sendlerowa occupait un poste de haut niveau dans les services sociaux de la ville de Varsovie. A cette occasion, elle s’est constitué un carnet de multiples contacts. En Septembre 1942, elle devient directrice de la section consacrée aux enfants du Zegota, autrement nommé Conseil d’assistance aux Juifs. 
Peu après la fermeture du ghetto de Varsovie, avec la complicité de Irena Schultz, elle parvint à obtenir des laissez-passer spéciaux auprès des médecins du département du contrôle des épidémies. Elles pouvaient donc entrer quotidiennement dans son enceinte afin d’y apporter des quantités de ressources suffisantes aux prisonniers grâce aux camions d’ouvriers étant autorisés à pénétrer dans le ghetto (nourriture, médicaments, vêtements et argent).
 
Mais son action ne se limita pas à cela, grâce à ses contacts elle réussit à sauver plus de 2.500 enfants juifs en les plaçant dans des orphelinats, des couvents, des écoles, des hôpitaux et des familles. Concernant les familles, avec l’aide d’autres assistantes sociales, elles étaient déclarées atteintes de maladies contagieuses pour ne pas, en tant que locataire, qu’on leur rende visite. De plus, elle enregistra les vrais noms de ces enfants ainsi que le lieu où ils se trouvaient en se servant d’un code pour qu’après la guerre les parents qui auraient survécu puissent venir les récupérer.
 
En octobre 1943, elle fut arrêtée et torturée, ce qui lui causera une infirmité définitive, par la Gestapo avant d’être envoyée à la prison de Pawiak. Elle ne révéla cependant jamais l’identité d’enfants. Elle fut condamnée à mort par le tribunal nazi. Grâce à un officier allemand corrompu par la résistance polonaise, elle put être sauvée et vécut cachée jusqu’à la fin de la guerre, pour reprendre ensuite une activité au sein du ministère de la Santé.  

En 1965, elle reçut la prestigieuse médaille des Justes. « Lorsqu’elle marchait dans les rues du ghetto, Sendler portait un brassard avec l’Etoile de David, à la fois par solidarité avec les juifs et par souci de ne pas attirer l’attention sur elle », souligne depuis lors le mémorial du Yad Vashem.

 


 
 
 
 

Madame Kristina B... :

Témoin et résistante du ghetto de Varsovie. 

Cette femme est née dans une famille juive très religieuse et traditionnelle à Varsovie. C'était la plus jeune par rapport à ses 7 frères et soeurs, et elle fut la seule survivante.

Elle nous raconte ...

Au début de la guerre, en 1939, elle n'a que 7 ans. Le 1er Septembre 1939(sic)*, date de la rentrée scolaire, la famille intègre le ghetto de Varsovie, où 350 000 juifs ( soit 30% de la population de la ville ) sont emmurés. La première «action» des allemands fut le port obligatoire du brassard avec l'étoile de David, signe imposant la différence et destiné à humilier son propriétaire.

Les soldats allemands humiliaient les juifs : Son père portait une barbe et un jour, alors qu'il revenait auprès de ses proches, elle fut coupée à moitié. Autre genre d'humiliation : un juif âgé marchant dans la rue devait céder le passage mais également saluer un soldat allemand plus jeune que lui. Mais pire encore que ces humiliations quotidiennes : les familles étaient entassées dans de minuscules appartements. Certaines d'entre elles ignoraient même leur origine juive.

Il y avait un espoir de quitter le ghetto, cepandant, elle n'avait aucune chance de le faire puisqu'elle n'était pas blonde aux yeux bleus. De plus, il fallait avoir quelqu'un de l'autre côté du mur susceptible d'accueillir l'enfant en question, en l'occurence elle. Son père était menuisier et travaillait avec ses frères. Toute la famille se cachait dans leur planque, sauf son grand frère qui avait déjà deux enfants en bas âge qui risquaient de se mettre à pleurer et donc de les faire repérer. En juillet 1942 deux de ses frères, dont le père des deux enfants (compris dans le groupe), et leur femme respective furent déportés à Treblinka. Pour s'assurer une nouvelle protection, ils descendent dans les égouts en janvier 1943. Quelques temps plus tard, en avril, c'est l'insurrection du ghetto de Varsovie : ses deux grands frères sont remontés à la surface afin de se battre, en vain. Pour célébrer l'échec de l'insurrection, la grande synagogue de Varsovie est rasée. En tentant de remonter à la surface, ses deux grands frères se font tuer.

La famille possédait auparavant des contacts polonais qui aidaient les juifs à s'en sortir. Ces derniers leur annonce qu'ils viendront les chercher dans la nuit, ainsi plusieurs jours et nuits passent sans aucun mouvement. C'est une action très risquée dans laquelle elle perd sa mère, trop épuisée pour continuer, et sa grande soeur de 24 ans qui a décidé de rester aux côtés de leurs parents. Elle a ensuite été guidée par son frère de 13 ans qui connaissait les égouts et tenait une torche. Alors que ce dernier essaie de traverser un endroit où l'eau est abondante, il est emporté par le flot. Ils étaient terrifiés et dans le noir, cependant, une petite lumière était visible, leur frère les rejoignit en allant contre les eaux. Dans la nuit, les Polonais descendent et les sauvent en les aidant à remonter des égouts, alors que ses parents étaient encore dedans.

Quinze jours plus tard, son frère âgé d'à peine 13 ans meurt, empoisonné par l'eau des égouts. Après neuf mois passés à genoux dans les égouts, Anna ne sait plus comment marcher et est gravement affaiblie. Pour la transporter, les Polonais la cachent dans un sac à pommes de terre. Les médecins la soignent et la sauve. Jusqu'en 1944, elle demeure cachée du côté Polonais, nourrie par des inconnus. En Août 1944, après l'insurrection de Varsovie, elle doit quitter la ville. Elle est placée dans un orphelinat religieux, en compagnie de 18 filles (dont 5 juives) où elle reste jusqu'à la libération de la ville le 17 Janvier 1945, par l'Armée Rouge.

 Si elle seule a survécu, c'est, peut-être, pour témoigner.

 

 

Madame Anna Baudo :

Une Juste Polonaise 


Âgée de 83 ans lors du témoignage, c'est une ancienne médecin neurologue ayant contribué, étant enfant, au sauvetage d'une fillette juive. Sauver la vie des juifs en Pologne était très dangereux car la répression était la mort. De nombreux Polonais issus de milieux très différents avaient décidé d'apporter leur aide aux Juifs : paysans etc..

Sa mère, divorcée de son père, était professeur mais ne travaillait pas car les écoles étaient fermées. Anna vivait avec sa mère et sa grand-mère dans un appartement de deux pièces à Varsovie. Sa mère travaillait pour l'administration chargée du logement pour les Polonais et dans le ghetto, elle disposait donc de laisser-passer et davantage de tickets de rationnement. Anna accompagnait souvent sa mère dans l'enceinte du ghetto avec, dans son cartable, du pain et de la confiture destinés à une famille de 7 enfants.

Un jour, sa mère lui dit : « Tu sortiras du ghetto avec une petite fille juive.». Son prénom était Liliana et elle eut énormément de mal à se séparer de son père pour survivre. Elles échangèrent leurs manteaux afin que cette dernière se fasse plus discrète et, avec les registres nécessaires sous le bras, elles arrivent à la porte de garde du ghetto : « Levez la tête, marchez d'un pas sûr. » Une fois sorties du ghetto, un véhicule les attend dans une ruelle mais Anna oublie le lieu de rencontre précisé par sa mère. Heureusement cette dernière revient peu après. Elles rentrent seules à la maison et sa mère n'est rentrée que le lendemain. Liliana est devenue sa cousine grâce à de faux papiers obtenus par sa mère et se prénomme désormais Kristina. Elles parvinrent à mener une vie normale jusqu'à l'insurrection du ghetto, où Kristina dut partir.

Il y eut des moments heureux mais aussi des moments difficiles, voire dangereux. A l'étage du dessous, une voisine allemande recevait après le couvre-feu des allemands qui se trompaient parfois d'étage. D'où l'extrême nécessité de cacher Liliana dans le garde-manger où se trouvait un trou dans le mur, dissimulé par une planche de bois. Ces moments furent très inquiétants. Parmi les moments heureux : des vacances, non loin de Varsovie.

Les parents de Liliana sont décédés : le père lors de l'insurrection et sa mère fut dénoncée. Cependant, elle renoua avec la communauté juive et retrouva une de ses tantes, installée en France. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
notes prises lors des deux témoignages

 

 

 

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