Sauvetage des juifs du Danemark
Lorsque l'Allemagne occupa le Danemark le 9 avril 1940, la population juive y était d'environ 7 500 personnes. Environ 6 000 de ces Juifs étaient citoyens danois, et 1 500 des réfugiés. La plupart des Juifs vivaient dans la capitale du pays, Copenhague.
Jusqu'en
1943, l
'occupation allemande du Danemark fut relativement souple. Les Allemands voulaient cultiver de bonnes relations avec une population dont ils considéraient les membres comme des "frères aryens". Le gouvernement danois put continuer à diriger le pays, mais l'Allemagne dominait la politique étrangère. Considérant le nombre assez réduit de la population juive et l'appui constant que les Danois apportaient à leurs concitoyens juifs, l'Allemagne décida initialement de ne pas accorder trop d'importance à la "question juive" au Danemark. En fait, le représentant du Bureau des affaires étrangères allemand à
la Conférence
de Wannsee avait recommandé que les pays scandinaves fussent exclus de la "Solution finale" étant donné que la "question juive" pourrait être résolue dans ces pays une fois la victoire totale acquise.
Cette situation changea au début de l'année 1943. Les victoires alliées convainquirent de nombreux Danois que le Reich pourrait être vaincue. Alors que la résistance pendant les premières années de l'occupation avait été minime, des grèves et des actes de sabotage entachèrent désormais les relations avec l'Allemagne. Le gouvernement danois démissionna à la fin août 1943 plutôt que de satisfaire les nouvelles exigences des occupants. Dans la nuit du 29 août, le commandant militaire allemand proclama l'état d'urgence. C'est à ce moment-là que les Allemands décidèrent de commencer à déporter les Juifs du Danemark. Plusieurs sources allemandes laissèrent filtrer des informations concernant ce plan, et des Danois non juifs alertèrent la communauté juive.
La police allemande commença les arrestations dans la nuit du 1er octobre 1943, mais ne trouva que peu de personnes à leur domicile. La police danoise refusa de coopérer. Des protestations populaires vinrent de diverses sources telles que les églises, la famille royale et diverses organisations sociales et économiques. La résistance, aidée par bon nombre de citoyens ordinaires, organisa une opération de secours qui fut pour partie coordonnée, et pour partie spontanée. Cette opération aida d'abord les Juifs à s'installer dans des caches à travers le pays, puis, à partir de ces caches pour gagner la côte ; des pêcheurs les transportèrent alors jusqu'en Suède, pays neutre. Cette opération de secours s'étendit jusqu'à impliquer la police et le gouvernement danois. Pendant une période d'environ un mois, quelque 7 200 Juifs et 700 de leurs parents non juifs furent transportés en toute sécurité en Suède, qui accepta de recevoir les réfugiés.
Les Allemands se saisirent d'environ 500 Juifs au Danemark et les déportèrent dans le ghetto de Terezin (Theresienstadt). Les Danois exigèrent des informations quant au sort de leurs concitoyens et des officiels du gouvernement danois leur rendirent visite à l'été 1944. Les prisonniers danois furent également autorisés à recevoir des lettres et certains paquets. Les Juifs danois restèrent à Theresienstadt jusqu'en
1945. A
la fin de la guerre, les Allemands les remirent à
la Croix Rouge
suédoise. Il est vraisemblable que ce fut la vigueur des protestations danoises qui empêcha leur déportation vers les camps d'extermination en Pologne occupée par l'Allemagne. Au total, quelque 100 Juifs danois périrent pendant
la Shoah
, soit dans des camps nazis, soit pendant des combats au Danemark. Ce nombre relativement réduit représente l'un des taux de survie de Juifs les plus élevés de tous les pays d'Europe.

Des pêcheurs danois (au premier plan) font passer des Juifs par un étroit bras de mer pour les mener en lieu sûr en territoire suédois neutre pendant l’occupation allemande du Danemark. Suède, 1943.
Relation avec un mythe, Christian du Danemark :
Christian X de Danemark régna lors des deux Guerres mondiales. Il fut le symbole de l'héroïsme et du nationalisme danois. On lui attribuait une résistance aux nazis, qui fit de lui l'un des monarques danois le plus populaire de la monarchie moderne.
Contrairement au roi de Norvège et à la reine des Pays-Bas partis en exil, Christian X de Danemark demeura à Copenhague pendant toute la durée de l'occupation par les allemands. Les adversaires d'Allemagne voyaient cela comme une attitude faible et conciliante. Le Washington Post accusait directement le roi d'être une victime consentente de l'occupation .Mais pour la population danoise il fut un symbole visible de la cause nationale. En dépit de la précarité de la situation, bien que septuagénaire, seul, il parcourut chaque jour la ville à cheval.
En 1942, Adolf Hitler lui envoya un télégramme de félicitations pour son soixante-douzième anniversaire, Christian X lui répondit simplement par télégramme :
Meinen besten dank. Christian Rex (
mes meilleurs remerciements. Roi Christian). Cette réponse indigna fortement Hitler qui rappela immédiatement son ambassadeur à Copenhague et expulsa l'ambassadeur danois en Allemagne. La pression allemande aboutit à la destitution du gouvernement danois dirigé par Wilhelm Buhl et à la mise en place d'un nouveau gouvernement dirigé par le diplomate Erik Scavenius. Les Allemands pensèrent que ce dernier se montrerait plus coopératif. Or, Erik Scavenius était ministre des affaires étrangères sur proposition du roi, qui était donc, dans ce choix, en accord avec les Allemands.
Comme la population et le gouvernement, il s'oppose aux mesures discriminatoires des nazis à l'égard de la population juive du Danemark, mais il n'a jamais protesté officiellement. Une anecdote prétend que le roi, en signe de solidarité avec ses sujets juifs, aurait porté l'étoile jaune après que celle-ci a été imposée à la population israélite danoise. Cette histoire relève de la légende, elle a été inventée dans les milieux dano-américains et renforcée par des cinéastes et des publicitaires. Le port de l'étoile jaune ne fut d'ailleurs jamais demandé aux juifs danois. Les Allemands sont passés directement d'une tolérance apparente à l'étape de l'internement.
Après une chute de cheval, le 19 octobre 1942, Christian X de Danemark resta plus ou moins infirme pour le restant de sa vie. Le rôle joué par Christian X de Danemark lors de la Crise de Pâques
1 en 1920 avait réduit considérablement sa popularité, mais l'occupation allemande fit de lui un monarque populaire et un symbole national.
Christian X de Danemark
Preben Munch-Nielsen, un juste danois.
Snekkersten, Danemark
Preben naquit au sein d'une famille protestante dans le petit village de pêcheurs danois appelé Snekkersten. Il fut élevé par sa grand-mère, également en charge de cinq autres enfants. Chaque jour, Preben se rendait à l'école à Copenhague,la capitale danoise, à environ 30 kilomètres au sud de Snekkersten.
«1933-39: Il y avait très peu de Juifs dans mon école primaire, mais je ne les voyais pas comme des Juifs ; c'étaient mes camarades, mes copains. Au Danemark, on ne faisait pas la différence entre les Juifs et les non Juifs,nous étions tous Danois. En dernière année d'école primaire, mes camarades de classe et moi-même entendîmes des rumeurs de reconstruction de l'armée allemande. Plus tard, en 1939, mes parents nous dirent que Hitler avait promis de ne pas envahir le Danemark, ce qui nous réconforta quelque peu.
1940-42: L'occupation. En avril 1940, je suis arrivé à Copenhague. Je voyais des avions planer au-dessus de ma tête et des officiers allemands dans les rues. J'ai rejoint la résistance comme courrier mais je m'y suis davantage engagé en octobre 1943, lorsque la Gestapo s'est mise à rechercher les Juifs danois. Nous avons commencé à aider les réfugiés Juifs. Nous les cachions dans des maisons près de la berge et nous les conduisions ensuite vers des bateaux à une heure précise. Dans l'obscurité, nous pouvions faire passer en une fois jusqu'à 12 Juifs vers la Suède. La traversée de cinq kilomètres prenait environ 50 minutes
.
»
Preben aida à faire passer 1.400 réfugiés en Suède. Il s'enfuit lui aussi pour la Suède en novembre 1943, alors que les Allemands venaient de démettre le gouvernement danois. Preben retourna chez lui en mai 1945.
Voici un exemple particulièrement impressionnant de la solidarité civile face aux persecutés :
Ceci s'est passé au Danemark en 1943 :
Cette année là , en août un large mouvement de protestation contre l'occupant suivit d'un mouvement de grève qui gagna tout le pays provoqua le contrôle direct des allemands sur tout le pays . Berlin envisagea aussitôt l'execution d'un plan visant a arreter les Juifs . Mais l'information fut communiquée a la Résistance trois jours avant son déclenchement . Dans la nuit du
1er octobre 1943 , un attaché à l'ambassade d'Allemagne,
Georges-Ferdinan Duckwitz, met au courant la Résistance du plan allemand.
Le projet de rafle fut aussitôt communiquée aux dirigeants de la communauté juive ainsi qu'à plusieurs hauts responsables de l'Etat dannois .La nouvelle circula très vite par le bouche à oreille . Au matin du 2 octobre 1943, le commisaire du Reich, Werner Brest avait capturé
475 personnes soit 6,2 % des 7 695 Juifs dannois .Ils furent déportés a Theresienstadt . Pour sauver tous les autres Juifs cachés dans Copenhague et ses environs , on décida de leur évacuation par bateaux vers la Suède . Cette solidarité tourna vite en épopée comme le raconte un de ses principaux responsables Aage Bertelsen un enseignant : Il raconte comment des hommes et des femmes sans aucune expérience de la clandestinité s'engagèrent spontanément pour rendre service : Comment il fallut recruter les bateaux de pêcheurs et s'assurer qu'ils fussent payés .Comment il fallut veiller a la sécurité des Juifs lorsqu'ils se rendaient à leurs point d'embarquement etc..
La police danoise elle même prit part au sauvetage en guidant les fugitifs vers la bonne direction . Des fonds importants furent avancés par des banques pour venir en aide aux personnes ne pouvant payer leur voyage ? L'opération fut un succès et donna la preuve que la solidarité humaine à grande échelle était encore possible dans l'Europe occupée.
Citation :
« Voilà une chose à laquelle Eichman et ses hommes n'étaient pas accoutumés : les juifs leur avaient glissé entre les doigts ils avaient disparu, si l'on peut dire, derrière un mur vivant dressé par le peuple danois l'espace d'une nuit. »
Leni Yahil.
1 : En 1920, le roi provoque ce que l’on appelle la « crise de Pâques » et qui verra le rôle du monarque au Danemark considérablement réduit d’un point de vue politique. Le roi entra en conflit avec son Premier Ministre à propos de la réunification du Schleswig septentrional au Danemark qui devint l’actuel Jutland du Sud. Le Schleswig du Sud resta allemand. Au centre, la ville de Flensburg comportait une importante majorité danoise, le roi ordonna à son Premier Ministre de la rattacher au Danemark. Le Premier Ministre qui n’accepta pas cette ingérence du souverain, donna sa démission. Le roi remplaça le gouvernement sortant par un gouvernement conservateur. Des contestations s’en suivirent et le pays fut en proie à une fièvre révolutionnaire. Le roi Christian X pactisa et de nouvelles élections furent organisées.
Sources :
http://www.suffrage-universel.be/dk/dkaush02.htm
http://memorial-wlc.recette.lbn.fr/article.php?ModuleId=42&lang=fr
http://www.ushmm.org/wlc/fr/media_ph.php?ModuleId=66&MediaId=1911
http://www.ushmm.org/research/library/faq/languages/fr/04/01/denmark2.php
The Holocaust : The Fate of European Jewry, 1932-1945, Leni Yahil
L'Heure du Roi, Boris Khazanov
Lucie Autié, Benjamin Heraut.