Echange Franco-Polonais

3.1 - En France, Les évêques protestent

Publié le jeudi 28 juin 2012 09:03 - Mis à jour le jeudi 28 juin 2012 09:25

Témoignages

Monseigneur Théas, évêque de Montauban:  

Monseigneur Saliège, Archevêque de Toulouse:

 

Le contexte historique

 

   La France de Vichy:

 
La France est divisée en deux, au Nord et sur la côté atlantique la zone est sous l'occupation Allemande. Au sud il y a le gouvernement de Vichy : zone dite «nono» qui est non occupée. Pétain y détient les pleins pouvoirs depuis le 10 juillet 1940, et collabore avec l'Allemagne. C'est en Octobre 1940 que sont édictés les premiers décrets anti-juifs. Les lois françaises anti-juives s'appliquent sur l'ensemble du territoire, mais en zone occupée s'ajoutent à cela des décrets allemands. Une politique antisémite est instaurée en zone sud, menée en particulier par Darquier de Pellepoix, commissaire à la question juive. Cependant, c'est Pétain qui accepte de livrer aux allemands des juifs étrangers réfugiés en zone sud.

Le général Pétain

 
 

     

Le Pape Pie XII   

      Le Silence du Vatican:

 
Durant cette période, le Pape est Pie XII. Ses adversaires lui reprochent de ne pas s'être suffisamment engagé contre le nazisme et l'antisémitisme, et même d'avoir «cautionné par son silence» les agissements nazis.
Toutefois, cette absence de décision ne relèverait pas uniquement de la responsabilité de Pie XII. En effet, à l'occasion d'un discours du Noël 1939, il exprima des accusations claires à l'encontre des nazis, mais il lui fut demandé de «modérer ses propos par crainte de représailles».
 
 
 
Situation dans la région toulousaine:

 
En Haute-Garonne, une ancienne cité ouvrière du nom de Récébédou, fut convertie en un camp pour les juifs et les réfugiés espagnol fuyant le régime de Franco. De même, à Noé sur près de 15 hectares fut édifié un autre camp hôpital accueillant des malades et des personnes âgées majoritairement juives. Si ces deux camps présentaient au départ des conditions de vie acceptables, celle-ci se détériorèrent rapidement jusqu'à devenir insalubres. L'archevêque de Toulouse, Monseigneur Saliège s'insurgea contre ces conditions de vie qu'il qualifiait «d'inhumaines».
Pendant les déportations massives de l'été 1942, 3 convois en provenance de Récébédou et 4 convois venant de Noé amenèrent des Juifs au camp de Drancy (Seine). Ces Juifs furent ensuite déportés à Auschwitz.

 
 
 

L'archevêque de Toulouse: Mgr Saliège

     
« Après la débâcle de juin 1940, Monseigneur Saliège poursuivit ses activités ecclésiastiques mais, dès le mois de mars 1941, il prit ses distances avec le gouvernement de Vichy, n'admettant ni ses principes totalitaires, ni sa législation antisémite. Ainsi, le 23 août 1942, il ordonna la lecture publique dans son diocèse d'une lettre pastorale restée célèbre. Bien qu'interdite par un arrêté préfectoral, la lecture de cette lettre eu quand même lieu dans la plupart des paroisses et surtout, fut reprise et diffusée sur les ondes de la BBC à Londres. A partir de ce moment, Monseigneur Saliège participa pleinement à l'organisation de placement des Juifs, enfants et adultes, menacés par la déportation dans des lieux sûrs aux alentours de Toulouse.»
 
 
 
  
Protestation Mgr Saliège
 
 
« LETTRE DE S.E. MONSEIGNEUR SALIEGE ARCHEVEQUE DE TOULOUSE SUR LA PERSONNE HUMAINE
Mes très chers Frères,
Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits, tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer.
Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle.
Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe-t-il plus ?
Pourquoi sommes-nous des vaincus ?
Seigneur ayez pitié de nous.
Notre-Dame, priez pour la France.

 
Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier.
France, patrie bien aimée France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs.
Recevez mes chers Frères, l’assurance de mon respectueux dévouement.
Jules-Géraud Saliège
Archevêque de Toulouse
13 août 1942
 
À lire dimanche prochain, sans commentaire. »

 

 

 
  
L'évêque de Montauban: Mgr Theas

 

    « Monseigneur Théas, nommé évêque de Montauban le 3 octobre 1940, fut pendant la Seconde Guerre mondiale l’honneur de l’Église de France. Suite à la rafle du Vel d’Hiv, il fit notamment lire à la messe du 30 août 1942 une lettre intitulée : "Sur le respect de la personne humaine" dans laquelle il condamna les mesures antisémites du gouvernement de Vichy : "des hommes et des femmes sont traités comme un vil troupeau et envoyés vers une destination inconnue avec la perspective des plus grands dangers. Je proclame que tous les hommes, aryens ou non aryens, sont frères (...) que tous les hommes, quelle que soit leur race ou leur religion, ont droit au respect des individus et des États".
 
Cette lettre fut publiée dans le journal clandestin, Témoignage Chrétien.
»

 

  
Lettre Mgr Theas
 
« Mes biens chers Frères,

 
Des scènes douloureuses et parfois horribles se déroulent en France, sans que la France en soit responsable.

 
A Paris, par dizaines de milliers, des Juifs ont été traités avec la plus barbare sauvagerie. Et voici que dans nos régions on assiste à un spectacle navrant ; des familles sont disloquées ; des hommes et des femmes sont traités comme un vil troupeau, et envoyés vers une destination inconnue, avec la perspective des plus graves dangers.

 
Je fais entendre la protestation indignée de la conscience chrétienne et je proclame que tous les hommes, aryens ou non aryens, sont frères parce que créés par le même Dieu ; que les hommes, quelle que soit leur race ou leur religion, ont droit au respect des individus et des États.

 
Or les mesures antisémitiques actuelles sont un mépris de la dignité humaine, une violation des droits les plus sacrés de la personne et de la famille.

 
Que Dieu console et fortifie ceux qui sont iniquement persécutés ! Qu’il accorde au monde la paix véritable et durable, fondée sur la justice et la charité ! »

 
Rédigée le 26 août, placé sous l’intitulé « Lettre de Monseigneur l'Évêque de Montauban, sur le respect de la personne humaine », et « à lire sans commentaire » est précisé au bas de la signature de Pierre-Marie Théas .
 

 
 
 
Sources:
Article sur "histgeo.free.fr" d'après Dominique Veillon, Vivre et survivre en France, Payot

Article de Max Lagarrigue pour "arkheia-revue.org" (n°7,8 et 9)

Livre d'Annie Lacroix-Riz, 1996 éditions Armand Colin, Le Vatican, l'Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre Froide (1914-1955)

Livre de Jean-Louis Clément, 1994 éditions Beauchesne, Monseigneur Saliège, Archevêque de Toulouse

  

 JOLY Romane
DANTON Chloé

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